Postes de travail, cokerie, Nord-Pas-de-Calais
Description du poste
DATE D’ÉLABORATION : 01/03/2016
Remarque :
Un rapport de l’Association pour la prise en charge des maladies éliminables (APCME) définit le fonctionnement et les caractéristiques techniques d’une cokerie :
« Rappelons d’abord que le coke est obtenu en éliminant les matières organiques volatiles (gaz, goudrons) contenues dans la houille, qui est introduite dans des fours verticaux au moyen d’une « enfourneuse » par le haut, par gravité.
La cokéfaction est une opération de pyrolyse. Elle se fait en vase clos, pour éviter la combustion : pendant une vingtaine d’heures, la température est portée à plus de 1 000 °C. Ces températures de cuisson conduisent, d’une part, à la distillation d’hydrocarbures polyaromatiques préexistants et, d’autre part, à la formation de ces mêmes produits par pyrolyse de la matière hydrocarbonée composant la houille.
La question déterminante est donc celle de l’étanchéité des fours. Pour maîtriser le risque, le minimum consiste à appliquer les recommandations adoptées dès 1987 par le Comité Technique national des industries de la métallurgie. Elles comportent deux chapitres :
1) Le suivi de l’évolution de la teneur en benzo(a) pyrène, l’un des composés les plus représentatifs du risque, en précisant que « dans le cas de dépassement, on en cherchera les causes afin de diminuer les émissions ou d’améliorer les captations ».
2) Les dispositions visant à limiter le dégagement des fumées et les conditions d’exposition aux HAP. Ces dispositions spéciales, portant sur la recherche constante des technologies les plus sûres permises par le progrès technique simultanément à un entretien régulier et assuré par un personnel disposant de protections individuelles adaptées, concernent les points suivants :
– la maîtrise des fuites des portes de fours.
– La maîtrise des fuites des tampons d’enfournement du charbon.
– Le contrôle automatique de la cuisson du coke.
– Les installations de ventilation et de dépollution.
Ces installations et les postes de travail correspondants sont bien connus des médecins du travail EDFGDF, notamment ceux qui ont eu en charge des usines de fabrication du gaz manufacturé qui consistait en une distillation du charbon. D’un côté, le procédé vise à fournir du coke à la métallurgie, de l’autre, à récupérer le gaz de distillation, le coke étant un sous-produit de cette production.
Pour les opérateurs, les risques sont identiques.
Description des activités
L’installation comportait plusieurs secteurs :
✖ La manutention en amont et en aval
✖ Les fours
✖ Le benzol
✖ Le sulfate
✖ Les laboratoires
Les postes de travail comportaient des tâches de :
✖ Manutention
✖ Exploitation
✖ Maintenance
Une liste des postes reflète leur diversité :
Manutention
✖ Conducteur de locotracteur
✖ Échantillonneur (prélèvement d’échantillons à analyser sur les wagons de charbon)
✖ Tireur coke (consiste à tirer des trappes pour faire partir le coke sur les bandes)
✖ Chargeur peseur
✖ Basculeur (étiquetage des wagons)
✖ Wagonnier (des vides : descente et aiguillage des voies de chargement, des pleins : échange de wagons et formation des têtes de rame pour étiquetage)
✖ Préposé à la vidange des halls et des silos (recyclage et calibrage des cokes en stock)
✖ Préposé au four sécheur (séchage de poussières de coke et broyage en poudre)
✖ Pompier de produits (dépotage des produits de combustion)
Exploitation
✖ Benzolier et aide-benzolier (travail sur les colonnes de distillation)
✖ Sulfatier (récupération du sulfate d’ammoniaque)
✖ Gribleur (manutention des sous-produits de production)
✖ Conducteur d’exploitation (surveillance des constantes de l’installation) dont régleur chauffage gaz
✖ Conducteur de guide coke
✖ Décolleur de poste
✖ Conducteur de défourneuse
✖ Conducteur cool-car
✖ Conducteur enfourneuse (enfourneur et aide-enfourneur)
Maintenance
✖ Ouvrier d’entretien
✖ Maçon fumiste (réfection des fours, des goulottes de criblage, entretien des cuves d’acide…)
✖ Électricien d’entretien
✖ Mécanicien d’entretien
Description des expositions
Considérant la nature des installations et des postes, les opérateurs pouvaient directement ou par contiguïté être exposés aux agents chimiques dangereux ou cancérogènes suivants :
Du fait des matériaux et des procédés :
✖ Poussières de charbon
✖ Poussières de coke (silice, HAP adsorbés sur les poussières)
✖ Silice
✖ Benzène
✖ Benzopyrènes
✖ Amines aromatiques (pe : naphtaline)
✖ Hydrocarbures polycycliques aromatiques dont goudrons de houille
✖ Oxydes d’azote
✖ Oxydes de soufre
✖ Monoxyde de carbone
✖ Acide sulfurique
✖ Ammoniaque
Du fait de la nature de l’installation (industries à feu)
✖ Amiante (poudre, ciment, plaque, tresse, bourre, calorifuge…)
Il faut ajouter que ces expositions intervenant dans une ambiance chaude, la bronchodilatation favorisait la pénétration pulmonaire des ACD.
Région
Type de mine
Risques
Suivi médical
Examens complémentaires en matière de suivi médical post-professionnel au regard des paragraphes 1° et 2° de l’article 2 de l’arrêté du 28 février 1995.
Amiante :
Tous les postes d’entretien et à proximité des fours de distillation.
Dans le cadre du protocole de la CPAM :
✖ Une consultation médicale
✖ Un examen tomodensitométrique (TDM) thoracique réalisés tous les cinq ans pour les personnes relevant de la catégorie des expositions fortes dans les conditions prévues par le protocole de suivi validé par la Haute Autorité de santé.
Hors protocole ou avec l’accord du médecin-conseil de la caisse :
✖ Au moins une fois, EFR avec diffusion du CO pour référence (amiante + silice, évaluation de l’existence d’une pneumoconiose).
HAP et amines aromatiques :
Postes en contact avec le coke chaud, les produits volatils ou solides de distillation (amines aromatiques, benzopyrène, goudrons…).
Dans le cadre du protocole de la CPAM (amines aromatiques) :
✖ Examen clinique médical tous les deux ans.
✖ Examens complémentaires : un examen biologique urinaire comportant une recherche d’hématurie à l’aide de bandelettes réactives ainsi qu’un examen cytologique urinaire tous les deux ans.
Huiles minérales notamment usagées et goudrons : Postes en contact avec le goudron ou des organes mécaniques lubrifiés, notamment les mécaniciens ou ouvriers d’entretien polyvalents.
Dans le cadre du protocole de la CPAM :
Contact cutané :
✖ Une consultation dermatologique tous les deux ans.
Inhalation de produits de combustion de ces huiles (HAP) :
✖ Examen clinique médical tous les deux ans.
✖ Examens complémentaires : un examen biologique urinaire comportant une recherche d’hématurie à l’aide de bandelettes réactives ainsi qu’un Examen cytologique urinaire tous les deux ans.
Benzène
Dans le cadre du protocole de la CPAM :
✖ Examen clinique médical tous les deux ans.
✖ Examens complémentaires : numération, formule sanguine, numération des plaquettes tous les deux ans.
Silice et charbon
Oxydes d’azote
Considérant la nature, la multiplicité et les niveaux d’exposition, je conseille que ces examens soient réalisés et complétés d’un Examen clinique spécialisé régulier dans une structure compétente en pathologie professionnelle qui coordonnera les examens de dépistage.
Il lui appartiendra, entre autres, d’adapter la surveillance pour les cancérogènes pouvant avoir le même organe cible, notamment ceux non pris en compte par le protocole.