Mineur de fond, mine de charbon, bassin Montceau-les-Mines
Description du poste
DATE D’ÉLABORATION : 19/04/2017
Cette description de poste regroupe plusieurs activités comportant des tâches spécialisées.
Piquage et creusement :
Tâches de creusement des galeries, d’abattage du minerai, de déblayage du minerai. Dans certaines galeries, en fonction de la section, on utilisait la méthode dite « boulon de toit » : des trous étaient faits au marteau perforateur, des bâtons de résine avec durcisseur étaient positionnés dans le trou, puis le boulon de toit était positionné avec une boulonneuse à air comprimé (bras en l’air, fortes vibrations).
Forage-sondage :
Cet opérateur avait la charge de faire les trous de foration ou de sondage dans les galeries au charbon pour permettre le soutirage. Ce travail se faisait exclusivement au troisième poste, c’est-à-dire la nuit. La foration des couches de charbon se faisait soit à l’aide d’engins diesel BBC 24 ou 25 ou jumbo soit sur des perforateurs à air comprimé manuel. Les perforateurs manuels utilisaient l’air comprimé. Le tuyau d’air traversait une bonbonne d’huile. À l’embout de la mèche de foration, il y avait deux trous. L’huile chauffée et montée en pression faisait que les vapeurs d’huile produisaient une ambiance bleuâtre dans tout le chantier. N’importe quelle huile était utilisée, la bonbonne devait être remplie plusieurs fois par poste. Des engins diesel étaient utilisés par l’opérateur pour amener le matériel au chantier. De l’huile de coupleur ou hydraulique était également utilisée pour les engins. L’opérateur s’occupait également de la mise en place et de l’entretien des conduites d’eau et d’air. Il avait la charge de changer les joints en amiante de ces conduites et de s’occuper du calorifugeage de celles-ci. Les opérateurs s’occupaient également de charger en poudre d’explosif les trous de foration qu’ils avaient effectués. Ils manipulaient également les cordeaux détonants ainsi que les amorces. Ce sont également eux qui s’occupaient de l’alimentation en air de leur chantier à
l’aide de ventilateurs soufflants et aspirants. Ces derniers étaient équipés de « silencieux » qui contenaient de la laine de roche, leurs gaines en génolène étaient composées d’amiante pour limiter les risques de feu.
Boutefeu :
Ces opérateurs avaient la charge d’installer et d’entretenir les lignes de tir reliant le fond au poste de tir situé au jour. Ils circulaient très souvent dans les retours d’air, étant ainsi exposés aux aléas de ceux-ci. Ils avaient la responsabilité d’effectuer les commandes d’explosifs, de les réceptionner et de les stocker. Ils utilisaient des engins diesel pour transporter le matériel. Les tirs de mines s’effectuant en interposte, ce sont eux qui, le plus souvent, restaient au fond de la mine et effectuaient les mesures pour donner l’autorisation au poste suivant de pouvoir y rentrer au fond de la mine. Ils étaient de ce fait très exposés aux fumées de tir. Ils utilisaient aussi, pour le transport du matériel dans les plans inclinés, des treuils « Samia » ainsi que des monorails. Ces deux matériaux étaient composés de freins en amiante.
Description générale des activités
Trois phases se succédaient : le creusement des galeries, l’abattage du minerai, le déblayage du minerai ou des déblais.
Les opérations effectuées consistaient, tout d’abord, au creusement des galeries, des tâches de « traçage » consistant lorsque la voie principale « bowette » arrivait au banc de charbon, à effectuer des perçages de voies dans le charbon pour découper le panneau de charbon, puis « l’abattage » : soit manuel aux marteaux-piqueurs pneumatiques qui fonctionnaient à l’air comprimé, mais lubrifiés par de l’huile minérale dont le mélange à l’air comprimé rendait les vapeurs d’huile inhalables y compris les résidus chauffés par frottement, soit mécanique à l’aide d’un tambour d’abattage, il faut ajouter l’utilisation d’un treuil pneumatique dispersant également des particules d’huile inhalables. Les opérateurs utilisaient aussi, pour le port du matériel dans les plans inclinés, des treuils « Samia » ainsi que des monorails. Ces deux matériels comportaient des freins avec des garnitures d’amiante (dits « Ferodo »). Ces opérations engendraient un empoussièrement minéral, ce qui exposait aux poussières de silice contenue dans la roche et de charbon.
Toutefois, lors de l’utilisation de marteaux pneumatiques, la dispersion des poussières était moindre par un système de dispersion d’eau au niveau du foret.
En cas d’utilisation d’explosif, qui était fréquente, la première étape était la « foration » à l’aide de marteaux perforateurs pneumatiques. Ces phases exposaient par conséquent aux huiles minérales notamment dégradées par inhalation et par contact. Cette foration engendrait un empoussièrement minéral, ce qui exposait aux poussières de silice contenue dans la roche et de charbon.
Après la foration survenaient les opérations de minage à l’aide d’explosifs qui se faisaient régulièrement dans des voies en ferme, bowette, traçage. Les ouvriers devaient traverser ces fumées de minage pour rejoindre le front de voie en ferme. Outre les vapeurs nitreuses dégagées par les explosifs avant le tir, après le tir, même après une période de sûreté, restaient des oxydes d’azote et de monoxyde de carbone. Le résultat du tir vaporisait là encore des poussières de charbon et de roche.
La manutention du minerai s’effectuait, dans un premier temps, par puisement avec les engins diesel (CT 2500/3500/6000). Les produits étaient déposés dans un convoyeur blindé puis concassés à proximité du chantier. De là, ils étaient évacués soit par bandes transporteuses en caoutchouc soit par voie ferrée, les wagonnets étant tractés par une locomotive Diesel. Le déblayage à l’aide de scrapeurs et de convoyeurs à bande (à noter l’utilisation de colle de vulcanisation pour la réparation fréquente des convoyeurs à bande). Plusieurs fonctionnaient à plein régime et diffusaient des gaz d’échappement (exposition aux HAP et aux
particules fines) et l’opération elle-même générait des poussières minérales et de charbon.
Ces engins, quel que soit leur mode de fonctionnement, sollicitaient de façon très intense les embrayages et les freins constitués d’amiante (entretien très fréquent pouvant être réalisé par les électromécaniciens), ce qui dans cet espace confiné générait des particules d’amiante inhalables.
Comme en témoignent les listes de commandes des houillères de Lorraine (à disposition), l’amiante était également présent dans de nombreux équipements : câbles électriques, joints, bourres, tresse, cordonnets, calorifugeage et flocage. Par conséquent, l’inhalation de poussières d’amiante était, au fond, quasiment permanente.
Il faut ajouter que la température élevée potentialisait, du fait de la bronchodilatation, la pénétration de ces agents chimiques cancérogènes dans les voies respiratoires.
Ces différentes expositions sont retrouvées sur les fiches de poste des matrices emplois-expositions de l’INVS spécifiques à ces activités.
Région
Type de mine
Risques
Suivi médical
Examens complémentaires en matière de suivi médical post-professionnel au regard des paragraphes 1° et 2° de l’article 2 de l’arrêté du 28 février 1995.
Amiante (et silice et charbon) :
Dans le cadre du protocole de la CPAM :
✖ Une consultation médicale
✖ Un examen tomodensitométrique (TDM) thoracique réalisés tous les cinq ans pour les personnes relevant de la catégorie des expositions fortes dans les conditions prévues par le protocole de suivi validé par la Haute Autorité de santé.
Hors protocole ou avec l’accord du médecin-conseil de la caisse :
✖ Au moins une fois, EFR avec diffusion du CO pour référence (amiante + silice, évaluation de l’existence d’une pneumoconiose).
HAP, particules fines de diesel et amines aromatiques (benzopyrènes, particules fines de diesel et gaz d’échappement des moteurs thermiques) :
Dans le cadre du protocole de la CPAM (amines aromatiques) :
✖ Examen clinique médical tous les deux ans.
✖ Examens complémentaires : un examen biologique urinaire comportant une recherche d’hématurie à l’aide de bandelettes réactives ainsi qu’un examen cytologique urinaire tous les deux ans.
Huiles minérales notamment usagées :
Dans le cadre du protocole de la CPAM :
Contact cutané :
✖ Une consultation dermatologique tous les deux ans.
Inhalation de produits de combustion de ces huiles (HAP) :
✖ Examen clinique médical tous les deux ans.
✖ Examens complémentaires : un examen biologique urinaire comportant une recherche d’hématurie à l’aide de bandelettes réactives ainsi qu’un examen cytologique urinaire tous les deux ans.
Hors surveillance, mais pouvant potentialiser d’autres cancérogènes : oxydes d’azote et vapeurs nitreuses (tir de mines).
Considérant la nature, la multiplicité et les niveaux d’exposition, je conseille que ces examens soient réalisés et complétés d’un examen clinique spécialisé régulier dans une structure compétente en pathologie professionnelle qui coordonnera les examens de dépistage.
Il lui appartiendra, entre autres, d’adapter la surveillance pour les cancérogènes pouvant avoir le même organe cible, notamment ceux non pris en compte par le protocole (particules fines de diesel, silice par exemple).